La loi Ripost étend-elle vraiment l’évacuation forcée aux meublés de tourisme en 72 heures ? Procédure, délais réels, domicile et état du contrôle constitutionnel au 26 juillet 2026.
Drystan Ponsen
26 juillet 2026 · 12 min de lecture

Sommaire
Oui, la loi Ripost ouvre bien aux loueurs de meublés de tourisme la procédure administrative d’évacuation forcée jusqu’ici réservée aux squats classiques : un voyageur qui reste dans le logement après la fin de sa réservation pourra être expulsé sur décision du préfet, sans jugement. Deux réserves majeures, au 26 juillet 2026 : le texte n’est pas encore promulgué, donc pas applicable, et le fameux délai de « 72 heures » ne vaut que dans un cas de figure précis.
Ce guide sépare ce que le texte change réellement de ce que la presse a résumé un peu vite, et détaille la seule question qui décidera de votre délai réel : votre meublé est-il votre domicile au sens du droit déjà applicable.

Si votre question est « pourrai-je récupérer mon logement en 3 jours ? », la réponse honnête est : seulement si votre dossier est complet et si le local est qualifié de domicile. Sinon, comptez au minimum 7 jours après décision, avec un recours suspensif possible.
Le projet de loi « visant à offrir des réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens » est un texte large : protoxyde d’azote, free parties, rodéos urbains… et squats. Son volet logement se concentre dans l’article 5.
| Étape | Date | Statut |
|---|---|---|
| Première lecture au Sénat | avant juillet 2026 | Adopté |
| Première lecture à l’Assemblée nationale | 15 juillet 2026 | Adopté |
| Commission mixte paritaire | 20 juillet 2026 | Accord sur un texte commun ; rapport déposé le même jour |
| Adoption définitive (Sénat puis Assemblée) | 21 juillet 2026 | Adopté, 351 voix contre 179 à l’Assemblée |
| Conseil constitutionnel | saisine du 24 juillet 2026 (n° 2026-915 DC) | Contrôle en cours |
| Promulgation et publication au Journal officiel | — | Non réalisée |
La commission mixte paritaire s’est réunie au Sénat le 20 juillet 2026 et a arrêté la version commune finalement votée ; le rapport a été enregistré le même jour. Le Conseil constitutionnel a ensuite été saisi le 24 juillet 2026 de l’affaire n° 2026-915 DC relative à cette loi : la promulgation est suspendue à sa décision, avec ou sans censure de certains articles. Le Conseil statue en principe dans le mois suivant la saisine.
À retenir : aucune démarche fondée sur la loi Ripost n’est possible aujourd’hui. Tant que le texte n’est pas publié au Journal officiel, seul le droit actuel s’applique, et un voyageur qui refuse de partir relève encore de la procédure civile.
Avant Ripost, la procédure administrative d’évacuation forcée de l’article 38 de la loi DALO du 5 mars 2007 supposait une entrée illicite : par effraction, tromperie, menace ou violence. C’est la définition retenue par Service-Public. Conséquence directe : un voyageur entré avec les clés, une réservation et votre accord n’était pas un squatteur, même s’il s’installait indéfiniment. Le seul chemin était le juge civil, avec des mois de délai.
L’article 5 casse cette condition d’entrée pour les meublés de tourisme. Le texte issu de la commission mixte paritaire insère dans l’article 38 un alinéa ainsi rédigé :
« Le présent article s’applique également en cas de maintien dans les lieux mentionnés au premier alinéa à la suite de l’introduction mentionnée au même premier alinéa ainsi qu’en cas de maintien dans les lieux à l’expiration d’un contrat de location d’un meublé de tourisme au sens de l’article L. 324-1-1 du code du tourisme. »

Deux autres changements comptent pour un loueur :
En revanche, le texte définitif ne crée pas de nouveau dispositif d’appréciation administrative du domicile. La distinction domicile / non-domicile, qui conditionne le délai d’exécution, relève déjà du droit antérieur, notamment de l’article 38 de la loi DALO tel qu’issu de la loi du 27 juillet 2023.
Les étapes préalables restent inchangées et reposent entièrement sur vous. La fiche de l’Institut national de la consommation en détaille le formalisme, modèle de courrier compris.

Deux garde-fous à connaître : le préfet peut refuser d’engager la mise en demeure en cas de méconnaissance des conditions légales ou de motif impérieux d’intérêt général, et l’évacuation d’un squat n’est pas soumise à la trêve hivernale.
Le chiffre vient d’une addition exacte mais partielle : 48 heures d’instruction préfectorale + 24 heures de délai minimal d’exécution. Il suppose que tout le reste soit déjà fait, et que vous soyez dans le bon cas de figure.
| Situation | Délai d’exécution minimal | Recours de l’occupant |
|---|---|---|
| Le local constitue le domicile du demandeur | 24 heures | Non suspensif |
| Le local ne constitue pas le domicile du demandeur | 7 jours | Le référé suspend l’exécution |

Ce que le compteur de 72 heures ignore :
Exemple illustratif, à titre pédagogique uniquement : un départ non honoré un vendredi, une plainte déposée le lundi, un constat obtenu le mercredi et un dossier complet reçu le jeudi placent la décision préfectorale au samedi et la libération des lieux au dimanche. Soit près de dix jours réels dans le scénario le plus favorable.
Toute la différence entre 24 heures et 7 jours avec référé suspensif tient à ce mot. Cette distinction préexiste à Ripost : elle figure déjà dans l’article 38 de la loi DALO, tel que modifié par la loi du 27 juillet 2023. Ripost l’hérite, elle ne l’invente pas.
Le droit actuellement applicable précise déjà que le domicile concerné peut être ou non la résidence principale. L’article 226-4 du code pénal considère notamment comme domicile « tout local d’habitation contenant des biens meubles lui appartenant, que cette personne y habite ou non et qu’il s’agisse de sa résidence principale ou non ». Un meublé de tourisme, par construction garni de votre mobilier, peut donc entrer dans cette définition. La circulaire de la direction des affaires criminelles et des grâces souligne d’ailleurs que la notion de domicile se distingue de celle de « local à usage d’habitation », purement objective.
Deux nuances à garder en tête :
Le maintien après l’expiration du contrat devient pénalement répréhensible, avec deux qualifications selon la nature du local.
| Qualification | Texte | Peines |
|---|---|---|
| Violation de domicile | article 226-4 du code pénal | 3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende |
| Occupation frauduleuse d’un local | article 315-1 du code pénal | 2 ans d’emprisonnement et 30 000 € d’amende |
Ces montants résultent de la loi du 27 juillet 2023 contre l’occupation illicite, qui avait porté les peines de la violation de domicile d’un an et 15 000 € à trois ans et 45 000 €. La loi Ripost n’augmente pas ces quanta : elle étend les cas dans lesquels ils s’appliquent.

C’est la partie que la plupart des articles omettent, et elle évite des déconvenues.
L’intérêt du texte n’est pas de gagner un contentieux, c’est de rendre le dossier gagnable rapidement. Or un dossier se construit avant l’incident, pas pendant.

C’est exactement le terrain d’une gestion déléguée. Une conciergerie suit les arrivées et les départs à date, sélectionne les voyageurs, tient l’inventaire et conserve la trace écrite de chaque séjour : autant de pièces immédiatement mobilisables si un occupant s’installe. Pour un propriétaire absent, la location courte durée gérée transfère aussi la charge de la vigilance quotidienne, jusqu’à la remise des clés — sujet détaillé dans notre guide sur la remise de clés Airbnb.
Précision utile : Leazly gère l’exploitation du logement, pas les procédures. Le dépôt de plainte, le constat et la saisine du préfet relèvent du propriétaire, assisté le cas échéant d’un commissaire de justice ou d’un avocat. Ce que la gestion apporte, c’est un dossier propre et une réaction immédiate.
Non. Elle a été définitivement adoptée le 21 juillet 2026, mais le Conseil constitutionnel a été saisi le 24 juillet 2026 (affaire n° 2026-915 DC). Le texte n’a pas été promulgué ni publié au Journal officiel. Au 26 juillet 2026, seul le droit antérieur s’applique.
Pas dans le droit actuel : la procédure administrative d’évacuation forcée suppose une entrée par effraction, tromperie, menace ou violence. C’est précisément ce que la loi Ripost modifie, en visant le seul maintien dans les lieux après l’expiration du contrat de location d’un meublé de tourisme.
Non. Les 72 heures correspondent à 48 heures d’instruction préfectorale et 24 heures de délai d’exécution minimal, sans compter la plainte, le constat et le montage du dossier. Si le local n’est pas qualifié de domicile du demandeur, le délai d’exécution passe à 7 jours et l’introduction d’un référé suspend l’exécution.
C’est possible et c’est déterminant pour le délai. Le code pénal considère déjà comme domicile tout local d’habitation contenant des biens meubles appartenant à la personne, qu’elle y habite ou non et qu’il s’agisse ou non de sa résidence principale. Cette notion préexiste à Ripost ; la constitution du dossier reste décisive.
Oui. La procédure est étendue aux locaux à usage commercial, agricole ou professionnel occupés sans droit ni titre, et plus seulement aux locaux à usage d’habitation.
Renforcer la prévention et la traçabilité : conditions de départ écrites, états des lieux d’entrée et de sortie, inventaire photographié et preuves de droit conservées hors du logement. Ce sont les mêmes pièces qui conditionneront la rapidité de la procédure une fois le texte en vigueur.
Informations à jour au 26 juillet 2026, portant sur un texte adopté mais non promulgué, actuellement soumis au contrôle du Conseil constitutionnel (affaire n° 2026-915 DC). Elles décrivent un cadre susceptible d’évoluer après la décision et la promulgation, et ne remplacent pas un avis individuel. Pour un litige en cours, l’ADIL, un commissaire de justice ou un avocat reste l’interlocuteur adapté.
Rédaction et expertise terrain : Drystan Ponsen, cofondateur de Leazly — cadre réglementaire de la location meublée, conformité des dossiers et exploitation du portefeuille parisien.
Écrit par
Drystan Ponsen · Cofondateur, stratégie & exploitation
Cofondateur de Leazly, Drystan conçoit le cadre opérationnel et juridique qui sécurise chaque sous-location gérée par l'agence à Paris.
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